
CLOTILDE
WUTHRICH
INSTALLATIONS
Ma pratique personnelle dans le domaine des arts plastiques, souvent basée sur la collaboration avec d'autres artistes et chercheur·euses, prend notamment la forme de recherches-créations dont la restitution publique se fait par le biais d'installations vivantes et évolutives. De manière générale, ces propositions situées à l'interface des arts et des sciences nourrissent une réflexion sur notre rapport au vivant, et en particulier aux micro-organismes qui nous entourent et nous habitent. Les questionnements que ces réalisations matérialisent pourraient se résumer ainsi: comment cohabiter, collaborer et prendre soin, créer et faire connaissance, avec les micro-organismes avec lesquels nous cohabitons et qui conditionnent même notre existence?
Plus concrètement, ces projets visent à questionner notre rapport au vivant dans les domaines du biodesign ou de la fabrication d'artefacts/oeuvres d'art à partir du vivant et sont à chaque fois l'occasion d'un engagement, sur un mode de connaissance et de création impliquant une transformation mutuelle entre espèces telles que : humains, végétaux ou micro-organismes (bactéries et levures). En considérant ainsi tous·tes les acteur·ices impliqué·es dans la réalisation d'une oeuvre comportant une dimension vivante, et en acceptant de façonner tout en étant façonné·es à notre tour par elle, celle-ci devient moins une finalité qu'une médiatrice entre les auteur·es et le contexte multi-espèces.
La restitution publique de ces recherches prennent la forme d'installations et de sculptures. Celles-ci constituent autant d'occasions d'une mise en tension d’images et d'objets issus à la fois du domaine scientifique et de pratiques artistiques et domestiques. Au delà de leurs dimensions esthétiques et esthésiques, ces propositions visent encore à nourrir nos questionnement à la fois sur notre rapport à notre milieu, au monde vivant, à notre nourriture, mais aussi sur nos modes de fabrication de l'art et de la connaissance. Cette page présente quatre installations réalisées et exposées respectivement en 2022, 2023, 2024 et 2025, au sein de différents lieux d'exposition en Suisse romande.

METASTABILE (2025)*
«toujours en devenir, à peine formée, stable en apparence, mais précaire et pleine de potentiels vivaces»*
Une exposition de Lucia Masu et Clotilde Wuthrich
sur une invitation de l'Espace Tilt à Renens
METASTABILE. PORTRAIT D'UNE RUINE
A l'occasion de l'exposition METASTABILE le public est invité à découvrir le résultat d'une recherche-création menée conjointement par les artistes-chercheuses Lucia Masu et Clotilde Wuthrich à propos de l'histoire passée et présente de l'actuelle ruine de l'ancien cinéma Corso de Renens. Cette restitution prend la forme d'une exposition installative portant sur la nature des activités enchevêtrées de ses habitant·es humain·es et non humain·es et de leurs conséquences.
L'exposition se tient plus précisément dans le sous-sol de l'ancien cinéma occupé pendant plusieurs décennies par la discothèque Madison (1979-1992), lieu de vie nocturne par excellence. Un espace aujourd'hui, et depuis plus de trente ans, réellement et constamment plongé dans la nuit, puisque devenu ruine: lieu en apparence immobile et déserté; à la fois témoin d'une activité humaine passée et indice de sa destruction puisque, en 1992, c’est une explosion qui met fin à son activité. Dans le bâtiment démoli en 1999, le silence, l'obscurité et l'humidité ont pris possession de l’espace dès lors plongé dans le sommeil. Bien qu’en réalité, ces lieux a priori hostiles à la vie hébergent encore aujourd’hui des récits et des formes vivantes, dans un espace-temps en équilibre instable.
En français, métastable se dit d’un système qui, sans être stable, semble tel en raison d’une très faible vitesse de réaction ou de transformation. Employé ici en italien - la langue maternelle de l'une des deux artistes – il permet d’extraire ce mot de son contexte originaire scientifique pour lui donner une nouvelle couche de sens, cette fois artistique, en honneur aux strates multiples du lieu : son histoire, sa géographie, ses habitant·es (animaux humains et non humains, minéraux, microbes,...).
L'installation vise alors à rendre visible l'invisible et prend la forme d'un itinéraire constitué de larges pans de tissus translucides reprenant les formes de l'ancien mobilier aujourd'hui disparu, dont il ne reste que quelques traces au sol, et sur des plans trouvés dans les archives communales. Sur les tissus suspendus ont été imprimés, sous forme de collages, les traces visuelles de ces différentes présences et de leurs interactions : on y trouve en arrière fond des frottages des surfaces des lieux qui font réapparaître les gestes et actions des ouvriers qui ont oeuvré à la construction du bâtiment en béton (coffrage en bois, traces de colle sur le sol et les murs …) ou celles d’autres artistes ayant intervenu plus tôt dans cet espace. Y sont superposés des dessins et photographies des habitant·es actuel·les de cet écosystème particulier, proche à la fois de la grotte et du bunker. En résultent des paysages ou des cartographies habitées de papillons de nuit (cocons, chrysalides, chenilles), d'araignées et de cloportes ; de microbes et de champignons ; de minéraux (fistuleuses et salpêtre) superposés à des plans d'aménagement de l’espace. Un peu plus loin encore, des draps de lit suspendus viennent compléter le parcours dans les recoins plus sombres de l’espace d’exposition : pendant deux mois, on les a laissés couchés au sol - pour acter une forme de résidence in situ. Ils se sont imprégnés de l’humidité du lieu et ont hébergé et révélé l’activité créatrice des champignons migrant sur le tissu de coton blanc.
QUAND/ Du 19 septembre au 10 octobre 2025 | Vernissage le 19 septembre dès 18h30
OÙ/ Ancien Cinéma Corso à Renens | ESPACE TILT
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(*citation d'Emma Bigé et Barbara Satre in Cahiers Mésozoaires no 0 – Destructions, 2021)
Images ©Samuel Matzig
ATELIER COLLECTIF DE FROTTAGE
guidé par Lucia Masu et Clotilde Wuthrich
le samedi 27 septembre de 15h à 18h
Durant la période d'exposition, un atelier de frottage des surfaces de l’actuelle ruine de l'ancien cinéma Corso est proposé au public. Par cette technique, et à la suite des artistes de l'exposition, les participant·es sont invité·es à créer une cartographie des actions des ouvriers, des artistes, ainsi que des formes vivantes et non vivantes qui ont œuvré à la transformation et à la production des traces constituant l’identité particulière de ce lieu.
Les dessins réalisés sur les murs et sur le sol seront réunis dans un atlas - sorte de livre d’artiste collectif recueillant les tracés géographiques de l’espace. Ce travail collaboratif, qui comprendra également les frottages réalisés par les artistes de l'exposition sera rendu visible et accessible au public lors du finissage prévu le 10 octobre dès 18h30.
atelier gratuit. infos et inscription: https://espace-tilt.ch/

SYMBIOCENE. LE REPAS DES HOLOBIONTES (2024)*
UNE INSTALLATION COMME ECOSYSTEME - Table en bois, nappe en lin, sets de coton teints à la peau d'avocat, lampe en cellulose bactérienne, vaisselle en biocomposites de coquilles d'oeuf, de peaux d'avocat et de jus de pois-chiche, bocaux en verre contenant du kombucha et du chou lactofermenté.
Sculpture vivante et évolutive, liée à la pratique de la fermentation et du réemploi de restes alimentaires, vouée à permettre aux êtres vivants impliqués - « holobiontes » humains et micro-organismes - de nourrir et être nourris tout au long de l'exposition.Lors du finissage, le contenu des bocaux sera ainsi proposé à la dégustation des personnes présentes qui pourront ensuite emporter avec elles, si elles le souhaitent, une partie des être vivants faisant partie de l'installation. La fin de l'exposition ne marquera donc pas la fin du cycle qui pourra perdurer indéfiniment voire se démultiplier à condition qu'un soin mutuel perdure entre toustes.
(Images © Marie-Pierre Cravedi)
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* Le mot Symbiocène est un néologisme inventé par Glenn Albrecht pour nommer l'ère de l’histoire de la Terre basée sur la symbiose succédant à l’Anthropocène: au Symbiocène, l’empreinte des humain·es sur la Terre sera réduite au minimum. Toutes les activités humaines seront intégrées dans les systèmes vitaux et ne laisseront pas de trace (Les émotions de la Terre - Des nouveaux mots pour un nouveau monde, 2020))
*« Du grec holos, ‘’tout’’ et bios, ‘’vie’’, le terme holobionte correspond à une entité vivante naturelle constituée d'un organisme pluricellulaire appelé hôte - tel que vous, moi, un animal ou une plante - et de son microbiote - c'est-à-dire de la cohorte de microorganismes qui lui est étroitement associée (bactéries, virus, archées, protistes et champignons microscopiques). En bref, c'est un hôte et tous ses microbes, tels que ceux que vous hébergez au sein de votre intestin par exemple.» (source: INRAE)
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QUOI/ Installation par Clotilde Wuthrich pour l'exposition collective ESPACES LIQUIDES. HYDROFORMES DE L'ART CONTEMPORAIN
QUAND/ Vernissage jeudi 12 septembre 2024. Exposition du 13 au 28 Septembre
OÙ/ L-ESPACE DU FOND
AVEC/ Valérie Alonso, Sylvie Godel, Emanuelle Klaefiger, Lara Koull, Sophie Mirra Grandjean, Agathe Naito, Michèle Rochat, Catalina Scotnitchi, Caroline Soldevila, Dragos Tara, Vanessa Udriot, Rosalie Vasey, Catherine Wenger

ANAEROBIA (2023)
Installation par Michèle Rochat, Sophie Rochat, et Clotilde Wuthrich, en collaboration avec Antonio Mucciolo, Plateforme de microscope électronique (PME), UNIL. Exposition collective MELTING POT. Céramique suisse actuelle au MAHN/Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel.
"(...) Dans le but de rendre visible ce qui se trouve à l’intérieur d'une jarre de fermentation en céramique contenant du chou rouge, l'installation ANAEROBIA déploie autour du récipient une série de textiles. Ceux-ci présentent des impressions d’images prises à l’échelle microscopique des différents composés du chou fermenté - fibres, stomates, bactéries, levures - ainsi qu'une gamme de couleurs réalisée à partir de cette même plante.(...) La mise en tension entre la présentation d’images issues du domaine scientifique et d’objets issus de pratiques artistiques et domestiques nous questionnent sur notre rapport à notre nourriture et au monde vivant autant qu'à la fabrique de l'art et de la connaissance, ainsi qu'aux relations entretenues entre ces différents domaines que nous avons tendance à distinguer: comment cohabiter, collaborer et prendre soin, créer et faire connaissance, avec les micro-organismes qui nous entourent ?"
ANAEROBIA· Jarre en céramique, choux rouges en fermentation, textiles naturels de différents formats avec impressions numériques d’images de choux rouges prises au microscope et au microscope à balayage électronique, teintures végétales à base de chou rouge
QUAND/ du 18 septembre 2022 au 5 mars 2023
OÙ/ Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel (MAHN)
AVEC/ Valérie Alonso, Joëlle Bellenot, Marie Bornet Lanz, Séverine Emery-Jaquier, Lynn Frydman Kuhn, Estelle Gassmann, Magdalena Gerber, Laure Gonthier, hoi Keramik (Robi Wehrle, Evelyne Laube, Nina Wehrle), Agathe Naïto, Sébastien Schnyder, Eva Vogelsang et Andrea Stebler. Commissaire: Philippe Luscher; Scénographie: Thierry Didot Studio
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Image 1 © Nicolas Lieber, Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel
Image 2 © Michèle Rochat

TINCTOLAB (2022)
par Michèle ROCHAT et Clotilde WUTHRICH
(Teinture au tilleul, à la rouille et à l'eau de cendre sur porcelaine et lin)
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"Nous avons glané des fleurs de tilleul et des résidus de fer, en rapport aux arbres du jardin et à la voie ferrée tout à côté de la Ferme des Tilleuls, pour constituer une petite manufacture chromatique ou un laboratoire de teinture organique : dans les plats de céramique cylindriques disposés sur la table, on peut voir le déploiement des recherches menées à quatre mains à partir d'un nombre limité d'éléments : une macération de tilleul, de l'eau de cendre, de la limaille de fer, et les métamorphoses qui s'opèrent quand ceux-ci se rencontrent et permettent, selon différentes combinaisons, de teindre et de dessiner des empreintes à la fois sur la céramique et sur les grands rubans de lin qui cheminent sur la table (...) et la magie de la rencontre du jaune tilleul et de l'orange rouille qui se transforment en un jus bleu nuit quand ils fusent ensemble sur la matière..."
QUAND/ du 18.11 au 4.12.22
QUOI/ Exposition collective COMPO/STARIUM
OÙ/ La Ferme des Tilleuls, Renens
AVEC/ Valérie Alonso, Leah Anderson, Xavier Bauer, Sophie Mirra Grandjean, Catherine Leutenegger, Valentin Merle, Aline Morvan, Agathe Naïto, Yusuké Y. Offhause, Isabelle Schiper
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Images © Catherine Leutenegger et Michèle Rochat














